dimanche 14 décembre 2014

Mais, n'y a t il pas déjà un Etat dans la bande de Gaza ?

Il est coutume d’entendre que la résolution du conflit Israélo-Palestinien passe par la création et la coexistence de deux Etats.  En réalité, la définition de l'Etat donnée par les libéraux permet d'établir que le Hamas a déjà crée un Etat de facto dans la bande de Gaza sans que pour autant la paix ait lieu. Si les clés de la résolution de ce conflit restent élusives, une chose est claire: ce n'est pas en favorisant le développement  d'Etats totalitaires dans la région qu'on y contribuera.

On entend souvent dire que lorsqu’en 2005 Israël s’est unilatéralement retiré de Gaza, laissant derrière lui un territoire libre de toute force militaire Israélienne, il avait ainsi accordé « l’autonomie politique » à cette région. Ceci semble être un euphémisme car dans le fond qu’est ce que Gaza aujourd’hui si ce n’est un Etat ?

Commençons par un peu de géographie


Placée au bord de la méditerranée, la bande de Gaza constitue un territoire de 40 km de large bordé au sud par l’Egypte et ses frontières au nord et à l’est étant délimitée par ce qu’il convient d’appeler la ligne verte.  Gaza est une collectivité qui est habitée par près de 1,8 million de personnes et dont la composition est très homogène: sont Gazaouis des populations arabes musulmanes sunnites et une infime minorité de chrétiens (environ 3000) qui sont d’ailleurs persécutés. La bande de Gaza est par contre une zone explicitement «libre» de toute présence juive (pas seulement Israélienne).

Un ans après le retrait des forces Israélienne, des élections on eu lieu sur tous les territoires administrés par l’autorité Palestinienne. Le Hamas s’est retrouvé largement majoritaire dans la bande de Gaza. Il s’en est suivi une lutte armée entre le Hamas et d’autre factions Palestiniennes dont le Fatah et en 2007 le Hamas a littéralement pris le pouvoir dans la bande de Gaza, tuant et expulsant de nombreux membres du Fatah, prenant ainsi un contrôle de facto de la bande de Gaza (ce conflit fut aussi un conflit entre Gazaouis et Cisjordaniens - ce qui laisse par ailleurs douter d’une quelconque unité nationale entre ces deux populations qui sont un peu comme celles du Pakistan et du Bengladesh, certes toutes les deux musulmanes mais pas pour autant membre d’une même nation).

Il ne fait aucun doute que le Hamas, exerce son gouvernement sur la bande de Gaza, à travers trois institutions fondamentales que sont la police, l’armée et la justice : 

- La force de police de la bande de Gaza est administrée par un ministère de l'Intérieur, qui à son tour est gérée par le gouvernement du Hamas. Il semble d’ailleurs que cette force de police soit relativement appréciée pour sa capacité de maintenir l’ordre public.  Par contre il existe aussi à Gaza une police politique appelée « sécurité intérieure » qui  gère la « délinquance politique »,  notamment ceux qui sont accusés de collaboration avec Israël ou l'Autorité Palestinienne basée à Ramallah ainsi que les factions extrémistes qui osent défier le Hamas.  Les moyens de cette sécurité intérieure sont très violents n’hésitant pas à aller jusqu’à l’assassinat politique et  même les crimes d’enfants.

- L’armée est constituée par les très secrètes Brigades Izzedine al-Qassam, l’aile armée du Hamas, qui est en charge de la défense et de l’attaque contre Israël.  Al Qassam  est une véritable armée, dont les leaders du Hamas ont eux-mêmes affirmé en 2003 qu'elle comptait environ 20,000 soldats. Al Qassam  est en charge de l’organisation de nombreuses attentats suicides en Israël et dispose d’inventaire d’armes destinées à infliger des pertes importantes sur des cibles civiles et militaires : armes automatiques, grenades, ceintures à explosif, roquettes, missiles à trajectoire haute et probablement armes chimiques.

- Le système judiciaire est composé de  tribunaux islamiques, conformément à la Charia qui règne à Gaza. Ils ont compétence sur les questions administratives, civiles et pénales relatives à des sujets non militaires. Mais des tribunaux militaires existent aussi qui ont juridiction sur les membres des services de sécurité intérieure, les groupes armés affiliés (dont Al Qassam) et sur toutes questions touchant à la « sécurité publique ». Selon Human Group Watch ces tribunaux militaires souvent
arrêtent illégalement des détenus civils.

Max Weber définit l’Etat de la façon suivante : (L’) «État est une entreprise politique à caractère institutionnel dont la direction administrative revendique avec succès dans l'application de ses règlements le monopole de la contrainte physique légitime sur un territoire donné.» 

La domination de la police de l’armée et de la justice donne au Hamas, sans aucun doute possible, le « monopole de la contrainte physique»  sur la bande de Gaza.  En retour, ce monopole donne également au Hamas le plein contrôle sur plein d’autres aspects de la vie économique et politique des Gazaouis, comme par exemple :

- Contrôle du contenu des enseignements dispensés aux élèves et endoctrinement des plus jeunes au combat et à la haine d’Israël.

Que penser d’un état qui éduque ses enfants de cette façon ?

Israël ne est pas responsable de la décision prise par le Hamas
d’enseigner la haine aux enfants Gazaouis.

- Contrôle de la nature des informations diffusées dans Gaza, notamment dans les journaux et la télévision, ce qui laisse entière liberté à la télévision du Hamas de diffuser des programmes comme celui là (ceci n’est qu’un exemple parfaitement représentatif d’émission à caractère franchement antisémite qui sont régulièrement diffusées à Gaza)


Une émission de télévision qui fait prôner les vertus
du martyre (2:34à et de la djihad (3:30) à de très jeunes Gazaouis.


- Contrôle de la nature des informations diffusées à partir de Gaza vers l’étranger. Ce point est certes plus polémique mais fait l’objet de témoignages relativement incontestables.

Il est coutumier d’entendre que la solution au conflit Israélo-Palestinien passe par la création et la coexistence de deux états.  Mais au vu des éléments précédents il semble difficile de ne pas conclure que le Hamas a déjà crée une état de facto dans la bande de Gaza sans que pour autant la paix règne. Que cet «Hamastan» ne soit pas reconnu par l'Organisation des Nations Unies ne change pas grande chose à son existence de facto.

La situation en Cisjordanie est plus complexe et liée aussi à la délimitation et au contrôle armé de parties du territoire par l’armée Israélienne. Mais là aussi, et pour les mêmes raisons, un quasi-État de facto a été crée, cette fois sous le gouvernement de l’Autorité Palestinienne qui dispose au moins du pouvoir de police, de justice, administre l’éducation, et qui contrôle l’économie et les médias  et donc d’un “monopole de l'arbitrage final” (selon une expression employée par le philosophe libertarien Hans Herman Hoppe pour définir l’Etat)  sur bien des aspects de la vie civile, politique et économique des personnes qu’elles gouvernent.

L’existence d’un Etat de facto dans la bande de Gaza permet de démystifier quelques croyances qui ont la vie dure et viennent brouiller la compréhension du conflit.

Mythe 1 : "Le conflit qui oppose Israël à Gaza serait un conflit asymétrique entre un état et une population non autodéterminée".

La réalité c’est que le conflit qui oppose Gaza à Israël relève d’une guerre classique entre deux Etats. Il est d’une nature pas très différente de celui qui oppose Israël au Liban dominé par le Hezbollah.  Que le Hamas emploie des moyens de combat militaires asymétriques (attentats contre des civils Israéliens)  ou qu’il soit en définitive moins puissant que l’Etat d’Israël n’infirme pas ce constat politique et juridique.

Certes l’existence de mesures comme les restrictions à l’importation rendent l’existence des Gazaouis très difficile. Mais ces restrictions de souverainté sont les conséquences de l’état de guerre qui existe entre Israël et Gaza depuis la prise de pouvoir par le Hamas. Elles n’existaient pas d’ailleurs dans la période 2005-2007 pendant laquelle le Hamas n’était pas au pouvoir à Gaza – preuve que c’est bien la prise de pouvoir par une clique prônant la djihad contre Israël qui est responsable des mesures de restrictions de souveraineté d’Israël contre l’Etat de facto de la bande de Gaza et non pas l’inverse.

Il est en passant utile de préciser que si ces restrictions de souveraineté sont sévères elles ne constituent pour autant pas un « blocus » comme il est de coutume de les décrire. Un blocus en effet a pour objectif  d'empêcher toute communication avec l'extérieur, tout apport de secours ou de vivres à zone géographique considérée comme occupée par un ennemi. Ce n’est pas ce qui se passe à Gaza: le passage d’aide humanitaire a de tout temps été autorisé et depuis 2010 les seuls restrictions sur l’importation des biens portent sur ceux pouvant donner à un usage double civil et militaire (« dual use »). En particulier, il n'existe aucune restriction à l’importation de denrées alimentaires de toute nature, y compris en période de conflit. Rien à voir, comme l'affirment certains, non sans quelques arrières pensées nauséabondes, avec la situation des ghettos juifs affamés par l'occupant nazi.  



Photo du buffet de l’hôtel de luxe Gazaouis Roots Hotel qui selon le guide touristique lonelyplanet est l’endroit où « les personnes importantes viennent manger des steak au poivre et du poulet cordon bleu ». De quel « génocide » parle-t-on? 

A partir du moment où le régime autocratique et totalitaire qui gouverne Gaza veut la destruction d’Israël et l’élimination de toute présence juive en Palestine (Charte fondatrice  du Hamas (1988), article 28:  "Israël, le Judaïsme et les Juifs défient l’Islam et les musulmans »), il est tout à fait légitime qu’Israël prenne les mesures nécessaires à sa défense.  La guerre contre Gaza durant l’été 2014 fut ainsi engagée comme riposte à l’envoie de missile par le Hamas, Israël proposant quatre fois un cessez le feu à chaque fois refusé par le Hamas – preuve s’il en est de la volonté belliqueuse de l’entité qui gouverne l’Etat de facto de la bande de Gaza.


Que ceux qui souhaitent prendre parti en faveur du Hamas (si ce n’est le soutenir financièrement) se demande si, ce faisant, ils favorisent vraiment l’auto détermination des Gazaouis ou si, au contraire, ils ne contribuent pas à maintenir la privation de toute liberté de choix sur le statut politique et économique de la bande Gaza et ce au profit de djihadistes dont la seule raison de vivre est le conflit avec Israël. 

Les images du leader du Hamas Khaled Mash'al passant tout son temps dans un hôtel au Qatar durant le dernier conflit n’ont pas eu beaucoup d’Echo en France mais ce qu'elles signifient sur la nature du gouvernement du Hamas n'a pas échappé à nombres d’observateurs du monde Arabe :



Mythe numéro 2: "Seule la création d’un Etat Palestinien serait générateur de liberté et d’espoir pour les jeunes Palestiniens".  La réalité c’est que l’équation «Etat = génération d'espoir et de liberté» n’est pas, comme nous venons de le voir,  corroborée par les faits.

En fait seule la règle de «primauté du droit»  the Rule of Law») est génératrice d’espoir et de paix. Et le premier pays à l’illustrer est Israël lui même dont  20% de la population est arabe et jouit de droits civiques plus importants que toute autre population arabe dans les pays avoisinants.  Un exemple ? Suite à un effort délibéré par les dirigeants de la prestigieuse université du Technion, cet institut vient de réussir à établir la parité juif-arabe: près de 20% de ses étudiants sont arabo Israéliens

Bien entendu tout n'est pas rose et il y a encore disparité entre les étudiants arabes et juifs, même s'il semble que l'écart entre étudiants juifs masculin et étudiantes arabes de sexe feminin s'est considéarablement résorbé:

deux étudiantes et leur professeur au centre

Voilà des faits 
bien plus porteur d’espoirs que n’importe quelle «solution politique» préfabriquée et pré-imposée par l’occident.

Ceux qui défendent la reconnaissance d’un Etat Palestinien comme étant la condition nécessaire de la paix auraient intérêt à essayer de comprendre les réalités de la région.  Il n’y a en fait aucune générosité envers les Palestiniens eux-mêmes à encourager, sous couvert de reconnaissance par l’ONU, la maintenance d’Etats autocratiques et autoritaires, voire totalitaires, à Gaza ou en Cisjordanie. 

Ce que la création de l’Etat de facto de la bande de Gaza nous montre à contrario c’est que la paix ce n’est pas, et ce ne peut être, la coexistence de deux Etats qui, pour ainsi dire, se regardent en « chien de faïence». La paix et l’espoir, au proche orient, comme partout dans le monde, sont avant tout les conséquences de la liberté des individus et des multiples opportunités de coopération affective, commerciale, culturelle, spirituelle même, qui en résultent. 

Quelle est la sincérité de la volonté de paix des dirigeants d’un Etat qui endoctrine ses enfants comme c’est le cas aujourd’hui dans la bande de Gaza ?  Sacrifier les enfants de sa propre population à une cause c’est le propre des régimes totalitaires, comme l’histoire l’a bien montré au XXème siècle. C’est pourquoi la paix requiert le respect du droit et de la liberté dans les territoires Palestiniens, et en particulier à Gaza. L'arrêt de l'utilisation de méthodes totalitaires, de l’endoctrinement anti-juif et anti-Israélien de sa population et de ses propres enfants par le Hamas, au sein de l’Etat de facto de la Bande de Gaza, est une des conditions sine qua non de la paix.   


En se retirant de la bande de Gaza, Israël a en fait mis les dirigeants Palestiniens devant leur responsabilité. La signification de ce retrait est claire : ces dirigeants veulent-ils vraiment la paix ? La manière dont le Hamas gouverne la bande Gaza, dès sa prise du pouvoir en 2007, et ceux avant toutes mise en œuvre des mesures restreignant la souveraineté de l’Etat de facto ainsi crée, est une réponse négative.  Ne la prenons pas à la légère en croyant qu’il suffit de décréter l’existence d’un Etat, par parlements interposés, pour que la paix ait lieu.

Un grand merci a Sam B, Sophie D. et Vivent B. pour leur commentaires, corrections et suggestions incisives et créatives.